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Lazare Ponticelli, der des ders de 14-18, est mort
Il n'y a plus de survivant français de la Première Guerre mondiale. Le dernier d'entre eux, Lazare Ponticelli, s'est éteint, a indiqué l'Elysée dans un communiqué mercredi 12 mars. Il était âgé de 110 ans.
12/03/2008


Lazare Ponticelli le 11 novemnbre 2007
crédits : PF Toulze




C'est en Italie qu'était né le dernier poilu, à Bettola, non loin de Plaisance (Emilie-Romagne), en 1897. Quand exactement ? Difficile de l'affirmer. Officiellement, il s'agit du 7 décembre, mais la date du 27 semble plus proche de la réalité. En effet, sa mère Philomène disait avoir accouché le 24 et attendu trois jours avant de déclarer le petit Lazarro à l'Etat-civil en raison d'une tempête de neige. Le village de montagne dans lequel il grandit manque de tout en cette toute fin de XIXe siècle. Le dénuement de la famille, composée de sept enfants, est tel que sa mère décide de partir en France, à Paris, alors que Lazare n'a que deux ans.
A la mort de son père, en 1906, à l'âge de 9 ans et alors qu'il ne parle pas un mot de français, Lazare Ponticelli part à son tour pour la France et débarque à la gare de Lyon, à Paris. Il intègre la communauté italienne présente dans le sud de la capitale et enchaîne les petits boulots.
Le 31 juillet 1914, il vend des journaux lorsque la France apprend l'assassinat de Jaurès. La guerre devient inévitable et le jeune immigré italien veut se porter immédiatement volontaire pour défendre ce pays qui l'a accueilli. Mais il n'a pas encore 17 ans et ne possède pas la nationalité française. Qu'importe ! Il ment sur son âge et parvient à intégrer la Légion étrangère, au sein du 1er Régiment de marche de Sidi-Bel-Abbès, composé essentiellement d'Italiens. Il y retrouve d'ailleurs son frère Céleste, volontaire lui aussi.
Après une rapide instruction, Lazare revêt l'uniforme réglementaire : « On n'avait rien: un pantalon rouge et un képi rouge, une capote qui n'était pas assortie. La France n'avait rien prévu », se rappelait-il. Il est envoyé en deuxième ligne à Soissons, puis combat dans l'Argonne, en décembre 1914. Trois semaines au feu au cours desquelles il découvre la boue des tranchées et les camarades qui gisent dans le no man's land. Il se souvenait notamment de ce soldat qui avait eu la jambe coupée et qui hurlait pour que l'on vînt le chercher. Face à des brancardiers hésitants, le jeune légionnaire saute le parapet et rampe jusqu'au blessé avant de le mettre en sûreté. Au moment d'être évacué, le blessé lui saute au cou et l'embrasse : « Il m'a dit: "Merci pour mes quatre garçons! ", racontait le dernier poilu. J'ai cherché à savoir ce qu'il était devenu. Je ne l'ai jamais su.»

Enrôlé de force dans l'armée italienne

En mai 1915, son régiment est dissous à cause de l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés des alliés. Lazare et tous les Italiens engagés dans la légion étrangère sont invités à rejoindre leurs unités de l'autre côté des Alpes. Il s'y refuse et c'est sous bonne escorte qu'il est finalement conduit à Turin, où il intègre un régiment d'Alpini. Il combat les Autrichiens près d'Asiago, dans les montagnes des Dolimites, mais fraternise aussi avec eux : « Beaucoup de mes camarades du Tyrol italien parlaient l'allemand, avait-il raconté. Avec des élastiques, nous leur avons envoyé des messages écrits: "Pourquoi on se bat? "» Ces « écarts » ne plaisent pas à l'Etat-major, qui envoie l'unité dans un secteur de triste réputation, le Monte Cucco. Derrière sa mitrailleuse, il y livre de violents combats qui lui causeront une blessure à la joue. Opéré puis envoyé en convalescence à Naples, il retrouve la première ligne en 1918, près du Monte Grappa. Là encore, les assauts sont terribles : les unités sont décimées, notamment en raison de l'utilisation des gaz, qui fait des ravages. « Des hommes, touchés par les gaz, gonflaient et mouraient par paquets. Ceux qui arrivaient derrière étaient obligés de leur marcher dessus. Les corps éclataient comme des ballons...», se souvenait-il. C'est dans cette région qu'il apprendra la fin de la guerre.
Démobilisé en 1920, Lazare Ponticelli rentre en France et poursuit ses activités dans la petite entreprise qu'il a créée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il participera également à des opérations de résistance contre l'Occupant, et prendra une retraite bien méritée et exceptionnellement longue ! Mais le vétéran franco-italien (il obtient sa naturalisation en 1939) n'abandonnera jamais totalement ses activités : il mettait ainsi un point d'honneur, jusqu'à une date récente, à ouvrir chaque année l'assemblée générale de l'entreprise Ponticelli Frères, qui compte aujourd'hui 2000 salariés.
Mais c'est à plus de 100 ans que Lazare Ponticelli avait commencé à raconter dans les établissements scolaires de la région parisienne ce qu'il avait vécu dans les tranchées. Il n'avait pas conservé de souvenir de la Grande Guerre à son domicile du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne. Même son livret militaire avait disparu.
Lazare Ponticelli ne ratait non plus jamais une cérémonie du 11 novembre. C'était sa façon de penser, ainsi qu'il leur avait juré, à ses camarades morts en France et en Italie 90 ans auparavant. Le 11 novembre 2007 n'avait pas fait exception à la règle et le poilu centenaire, vedette de la commémoration, avait comme chaque année déposé un petit bouquet devant le monument aux morts de sa ville du Kremlin-Bicêtre dont il était citoyen d'honneur.
Fin janvier, après la mort de Louis de Cazenave qui avait fait de lui l'ultime combattant français de la Première Guerre mondiale, Lazare Ponticelli avait finalement accepté (après un premier refus) le principe d'obsèques nationales, mais « sans tapage important ni de grand défilé, au nom de tous ceux qui sont morts, hommes et femmes». Selon ses propres voeux, une messe pourrait être donnée en l'église Saint-Louis des Invalides, à Paris.

   



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