Le jour de son investiture, le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy a rendu un hommage appuyé et inattendu à la Résistance. Après la passation de pouvoir à l'Elysée, il a remonté l'avenue des Champs-Elysées pour raviver la flamme du souvenir sous l'Arc de Triomphe, saluant au passage les Anciens combattants présents sous la voûte de l'édifice. Puis, le chef de l'Etat s'est arrêté au niveau du rond-point des Champs-Elysées pour déposer deux gerbes devant les statues de Georges Clemenceau et du général de Gaulle.
Nicolas Sarkozy a ensuite pris la direction du bois de Boulogne pour rendre hommage aux trente-cinq jeunes résistants qui furent fusillés par les Allemands à la grande cascade, dans la nuit du 16 au 17 août 1944. Filles ou garçons, ils étaient âgés pour la plupart de moins de 25 ans. La majorité d'entre eux faisait partie des Francs-tireurs partisans (FTP), mouvement de résistance fondé fin 1941 par la direction du Parti communiste français (PCF). Partis chercher des armes en vue de l'insurrection de la capitale, ils furent trahis par un agent infiltré.
Après la sonnerie aux morts et la Marseillaise, chantée a cappella par le choeur de l'armée française, l'historien Max Gallo a pris la parole pour rappeler le nom des jeunes résistants tombés là, quelques jours avant la libération de Paris. Ils
« sont l'incarnation de l'âme de la nation qui construit son unité à partir de la diversité. Le patriotisme français naît de l'amalgame des différences », a déclaré l'ancien porte-parole socialiste du gouvernement Mauroy.
La lettre de Guy Môquet lue à tous les lycéens de France Une lycéenne a ensuite lu la dernière lettre écrite par le jeune résistant communiste Guy Môquet, assassiné à 17 ans par les Allemands le 22 octobre 1941 à Châteaubriant, entre Nantes et Rennes. Ce n'est pas la première fois que Nicolas Sarkozy fait référence à Guy Môquet : plusieurs fois au cours de sa campagne, ainsi que dans son discours du 14 janvier à la Porte de Versailles, l'ancien ministre de l'Intérieur a évoqué le destin tragique du jeune militant communiste.
Ecrasant une petite larme pendant la lecture de la lettre, M. Sarkozy a confié qu'il n'avait
« jamais pu lire ou écouter la lettre de Guy Môquet sans en être profondément bouleversé », affirmant quelques secondes plus tard que sa
« première décision de président de la République sera de demander au futur ministre de l'Education nationale que cette lettre soit lue en début d'année à tous les lycéens de France. » Le nouveau président de la République a estimé qu'il était essentiel de montrer aux jeunes Français,
« à travers le sacrifice de quelques-uns de ces héros anonymes dont les livres d'histoire ne parlent pas, ce qu'est la grandeur d'un homme qui se donne à une cause plus grande que lui. (...) Un jeune homme de 17 ans qui donne sa vie à la France, c'est un exemple non pas du passé mais pour l'avenir », a encore déclaré Nicolas Sarkozy au cours de cette émouvante cérémonie.
Pourtant, derrière cet hommage chargé d'émotion, se pose la question de la récupération de la Résistance, à l'image de la dernière escapade de campagne du candidat UMP sur le plateau des Glières (Haute-Savoie). Cette fois-ci, le président a estimé dans son discours que Guy Môquet avait
« donné sa vie à la France ». Certes, depuis le 14 juillet 1935, les communistes avaient rallié le drapeau tricolore et entonné la Marseillaise pour faire barrage à la menace fasciste en Allemagne et en Italie. Mais le jeune Guy Môquet s'est avant tout battu contre les nazis qui occupaient la France et pour faire triompher des idées communistes, fort éloignées de celles prônées par le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy. L'opposition a d'ailleurs dénoncé cette «récupération » du personnage de Guy Môquet et la Résistance. Ainsi, pour l'ancien rédacteur en chef du Monde Edwy Plenel, cet hommage s'apparente à un véritable
« vol de mémoire ». En attendant, par ce geste symbolique, le nouveau chef de l'Etat s'est posé aux yeux du grand public en héritier des valeurs de la Résistance, quitte à prendre des raccourcis avec l'Histoire.
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