Il était le plus discret des Anciens combattants français de la Grande Guerre encore en vie. Depuis de longues années, Jean Grelaud, qui coulait une paisible retraite dans son appartement du XIIIe arrondissement de Paris, ne voulait plus évoquer la Première Guerre mondiale. On sait donc peu de choses sur son parcours.
Pourtant, en novembre 2006, il avait accepté de recevoir une équipe de TF1 venue l'interroger sur ses souvenirs. Mais c'était pour dire que s'il en avait eu encore quelques années auparavant, tout était désormais « parti. »
Né le 26 octobre 1898 dans le VIIe arrondissement de la capitale, il fait partie de la classe 1918 mais se retrouve mobilisé dès le 10 mars 1917, en raison des très lourdes pertes connues par l'armée française l'année précédente, à Verdun notamment. Jean Grelaud a alors 19 ans. Il est affecté au 31e régiment d'infanterie, exclusivement composé de parisiens, au sein de la 10e division d'infanterie du Ve corps d'armée.
En août 1917, son régiment est engagé dans une grande offensive sur Verdun pour dégager la côte 304, sur la rive gauche de la Meuse. Mais, selon Frédéric Mathieu, administrateur du site internet -
Ders des Ders, consacré aux derniers poilus de la Première Guerre mondiale,
« nous n'avons pas confirmation de la participation de Jean Grelaud à cette offensive ; si c'est le cas, il deviendrait alors un des deux derniers vétérans français -avec Lazare Ponticelli, a avoir été présent sur le front de Verdun.» La bataille de Noyon En mars 1918, le petit soldat de 1ère classe (il mesure 1m61) cantonne avec son régiment à Compiègne, dans l'Oise. Très rapidement, la situation va devenir critique : le 21, les Allemands, lancent 27 divisions dans une offensive de grande envergure de part et d'autre de Saint-Quentin. Ils transpercent les lignes de défense britanniques situées en Picardie sur près de 80 kilomètres.
Le lendemain, le 31e RI de Jean Grelaud est envoyé en première ligne, pour tenter de stopper la progression allemande. La bataille va faire rage pendant 5 jours autour de Noyon, au nord de Compiègne. Une bataille sans canons et sans grenades, avec le fusil et la mitrailleuse au cours de laquelle la ville tombe aux mains des Allemands avant d'être incendiée et « sacrifiée » par l'artillerie française pour stopper l'ennemi.
« Là aussi nous n'avons pas confirmation de la présence de Jean Grelaud à cette bataille, mais deux éléments méritent attention », poursuit Frédéric Mathieu.
« On sait d'une part que Jean Grelaud passe le 23 juin 1918 au 131ème régiment d'infanterie, un régiment appartenant toujours au 5ème Corps d'Armée, mais constitué d'hommes venant d'Orléans et de Pithiviers. L'explication la plus plausible est que Jean Grelaud fut auparavant blessé ou malade, envoyé en convalescence, puis affecté à un régiment de la même région militaire (le 131ème). Or, nous savons que durant la guerre, Jean Grelaud fut grièvement gazé et que selon les médecins de l'époque il ne lui restait que 6 mois à vivre. D'autre part, durant la Bataille de Noyon furent utilisés une grande quantité d'obus toxiques nouveaux et bourrés d'ypérite. Tous ces éléments vont dans le sens de l'explication suivante : Jean Grelaud, lors de la bataille de Noyon en mars 1918, aurait été grièvement gazé à l'ypérite ; envoyé en convalescence, il aurait été transféré au 131ème RI trois mois plus tard après son rétablissement. » La Seconde bataille de la Marne Le 15 juillet 1918, les Allemands lancent leurs dernières forces dans une ultime offensive baptisée « Friedensturm », la bataille pour la paix. L'objectif est Paris. Ludendorff espère, par une attaque de grande ampleur en Champagne, briser le front et séparer les parties septentrionale et orientale du dispositif allié de défense. Jean Grelaud, désormais au 131e régiment d'infanterie, cantonne alors entre Dormans et Château-Thierry.
« La compagnie de Jean Grelaud se situe plus précisément au village de Varennes qui fait face à celui de Jaulgonne, tenu par les allemands », précise Frédéric Mathieu.
« La Marne les sépare et, le vieux pont de pierre qui assurait auparavant la liaison entre les deux villages n'est plus qu'amas de pierres. La préparation d'artillerie commence le 14 au soir vers minuit, et l'attaque se déclenche le 15 juillet à 1h20. Pendant la nuit, l'ennemi jette des ponts et des passerelles, sur la Marne, en face notamment du village de Jaulgonne. La compagnie de Jean Grelaud est aux premières loges et voit aussitôt déferler le flot incessant de troupes allemandes. Les combats sont durs et inégaux : Jean Grelaud est rapidement fait prisonnier avant l'aube, en plein village de Varennes. Il est alors conduit dans un camp de prisonnier français, en Belgique. Il y restera jusqu'à l'armistice et sera rapatrié sur la France le 21 novembre 1918. » Ainsi, contrairement à ce qu'indique l'ONAC (Office national des anciens combattants), Jean Grelaud ne se serait donc pas
« évadé » en Belgique. Mais il est bien difficile de retracer un parcours que le principal intéressé a tu pendant près d'un siècle.
Sa participation à la Grande Guerre valut à Jean Grelaud de nombreuses distinctions : chevalier de la légion d'honneur, il avait également reçu la croix du combattant, la médaille interalliée 1914-1918 et la médaille commémorative de la guerre 1914-1918. Pour son engagement lors de la Seconde Guerre mondiale, il reçut la croix du combattant volontaire 1939-1945.
Pendant l'été 2006, il avait reçu symboliquement la médaille d'or de la FNAM (Fédération nationale André Maginot des anciens combattants), dont il était membre par le biais de l'association des combattants PG-AFN, déportés d'Ile de France.
Jean Grelaud s'est éteint le 25 février 2007, à l'âge de 108 ans. L'ancien poilu avait demandé à sa famille de garder secrète l'annonce de son décès pendant quelques jours, afin d'organiser ses obsèques dans la plus stricte intimité, conformément à la conduite qu'il s'était fixée tout au long de sa vie.
Avec ce nouveau décès du benjamin des poilus, la France ne compte officiellement plus que deux survivants de la Grande Guerre : le doyen Louis de Cazenave, qui réside en Haute-Loire, et Lazare Ponticelli, au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Tous deux sont âgés de 109 ans.
Une biographie détaillée de Jean Grelaud est disponible sur le site dersdesders de Frédéric Mathieu, consacré aux derniers poilus.